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La structure des voix

LUNDJA MEDJOUB

PRÉSENTATION DU PROJET

Projet lauréat de l'appel à projet "installation sonore " {ex aequo}

La structure des voix

« La structure des voix » est une installation sonore et visuelle qui explore la rupture entre la voix et le corps à l’ère de l’enregistrement et de la synthèse vocale. Dans cette création, les manifestations de la voix sont tour à tour explorées : tantôt organiques, tantôt amplifiées ou artificielles. L’assemblage de ces différentes voix dresse le portrait de notre rapport à l’oralité, aux sons et aux langues dans un espace.

 

À travers une création sonore en trois mouvements, jouant avec des voix de service et d’assistants vocaux, ce projet questionne aussi la surexposition aux messages sonores dans des espaces déjà saturés d’informations. Mon intention est de transformer les messages sonores répétitifs en une poésie du quotidien, où les injonctions sonores deviennent un flux désobéissant. Les mots sont mis en espace grâce à un système de haut-parleurs en rotation. Ce dispositif permet une spatialisation acoustique de la création sonore, en jouant avec les surfaces de réflexion et en intégrant l’espace concret de diffusion dans la composition.

 

J’ai imaginé cette installation comme une mise en scène de ces voix, en les plaçant au centre de la création. La façon dont une voix incarne une marque participe à construire son image auprès du public. Elle peut être spirituelle, chaleureuse, formelle, audacieuse ou autoritaire. Dans un ascenseur, à la gare, au distributeur automatique : dans toutes ces situations, nous sommes des clients, des usagers, et notre satisfaction est constamment recherchée. Mais cette installation ne cherche ni à satisfaire, ni à divertir le spectateur.

 

Dans son ouvrage Contrôle. Comment s’inventa l’art de la
manipulation sonore, Juliette Volcler explore l’usage du son comme instrument de pouvoir, qu’il soit militaire, policier ou
commercial. Elle révèle les mécanismes de manipulation sonore
conçus pour orienter les comportements, encadrer les foules ou
instaurer des normes sociales. Elle alerte aussi sur les risques liés à l’uniformisation sonore de l’espace public, susceptible de favoriser un conformisme sensoriel et d’appauvrir la diversité acoustique.

Ce projet cherche à créer un espace d’écoute collective où les dérèglements de la voix enregistrée font acte de résistance, en déstabilisant la place de la voix dans l’environnement quotidien. L’auditeur est invité à déplacer son attention et à prendre part à cet espace de lutte vocale.

 

Dans le cadre d’une recherche visant à définir les critères vocaux
(timbre, tessiture, débit de parole) de la voix d’un service client, à
l’IRCAM–Centre Pompidou, j’ai constitué un catalogue de voix de
machines issues d’oeuvres de fiction. Depuis, je suis à l’écoute de ces voix qui nous informent, nous ordonnent, dans différentes
langues, et avec lesquelles nous cohabitons et dialoguons quotidiennement. Lors d’une résidence à Dubaï avec l’Institut français des Émirats Arabes Unis, j’ai poursuivi cette recherche en

élargissant le spectre des manifestations vocales à toutes les
formes de voix amplifiées. Sans corps apparent, cela pouvait être
la voix du muezzin appelant à la prière, celle du métro annonçant
la prochaine station, ou encore celle de l’ascenseur comptant les
étages. Mes enregistrements et mon expérience de terrain m’ont
également servi de base de travail.

 

Dans toute prise de parole publique, il y a une forme de théâtralité: le ton de la voix est souvent plus signifiant que le message luimême. Tantôt humaines, tantôt synthétiques, ces voix font partie intégrante de nos paysages sonores contemporains. Cette installation se veut un espace d’interrogation, de résistance et de dialogue avec soi-même, avec sa voix intérieure.

BIOGRAPHIE

LUNDJA MEDJOUB

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Lundja Medjoub, née en 1992, est designer, artiste et compositrice électroacoustique. Formée au design à l’École supérieure d’art et design de Saint-Étienne, elle approfondit ensuite sa recherche sonore à l’ESAD TALM Le Mans puis à l’IRCAM, à Paris.

À l’écoute des territoires, des architectures et des rencontres humaines, elle développe des œuvres qui interrogent la manière dont le son active et transforme notre perception du quotidien. À travers la conception d’objets, de dispositifs sonores, d’installations et la composition de pièces sonores spatialisées, elle crée des univers où se croisent design, musique et arts visuels.

C’est dans cette perspective que Lundja Medjoub collabore avec des artistes et des écrivaines donnant naissance à des installations, des films et des spectacles présentés en France et à l’international — Centre Pompidou à Paris, CAC la traverse à Alforville, Théatre du Nord à Lille, Festival Imaginale à Stuttgart.

En 2024, elle est résidente à Artagon Marseille. En 2025, elle cofonde le studio de recherche et de création sonore Lingua Franca avec le compositeur et designer Matisse Vrignaud.

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